ENERCOOP OU LE SERVICE CITOYEN DE L'ELECTRICITE

On entend dire beaucoup de choses en ce moment sur Enercoop et sur le Service Public de l'électricité. Je suis donc allé interviewer Julien NOE et Hélène GASSIN (1) pour voir plus en détail de quoi il s'agit. Voici ce que j'ai retenu de ces interviews.

Enercoop c'est avant tout la première pierre d'un projet plus vaste inventé par des écolos (2) pour ne pas se laisser enfermer dans l'alternative capitalisme privé contre capitalisme d'Etat. Ils ont donc essayé de faire une structure qui soit la meilleure possible dans le domaine de l'électricité, c'est à dire avec du courant renouvelable fait localement et payé le plus près possible du prix coûtant ; la promotion des économies ; un lien le plus direct possible entre la production et la consommation ; un fonctionnement démocratique impliquant les citoyens et les collectivités territoriales.
Ce projet consiste à faire :

Ainsi on boucle la boucle : les citoyens maîtrisent la chaîne de l'électricité du début à la fin. Le prix du courant est fixé en Assemblée Générale par les consommateurs qui sont aussi sociétaires (donc co-propriétaires) des moyens de production, et les fluctuations spéculatives du marché de l'électricité n'ont plus d'influence sur ce circuit. De plus on se réapproprie en partie la gouvernance, on sort du schéma actuel ou on ne peut qu'appliquer les décisions prises à Bercy ou La Défense (4)

En attendant que les coopératives de production soient construites, une coopérative de fourniture fonctionne déjà en achetant du courant à des petits producteurs de renouvelable et en le revendant directement au consommateur. Ce n'est pas parfait parce que ce n'est pas local et ça ne permet pas de s'affranchir du système de marché, mais c'est une étape pour construire le projet complet. Cette coopérative s'appelle Enercoop.
Dans Enercoop on trouve un statut très démocratique (SCIC). Ce statut comprend :

Voici une phrase de Jacques WEBER (5) que j'ai trouvée sur le site d'ATTAC (6) : « Ce type de coopérative [les SCIC] pourrait bien représenter l'une des formes réalisable ici et maintenant, de services publics décentralisés mettant autour d'une même table salariés, collectivités locales et usagers... Une sorte de retour à ce qu'auraient pu/dû être les services publics créés ou conservés, pour ceux qui existaient avant, par la loi de 1946. »

Enercoop est-elle un service public ? Peut-être pas parce que ce n'est pas fait par l'Etat.
Enercoop est-elle une entreprise privée qui fait son business sur le marché porteur de l'électricité verte ? Certainement pas !
Enercoop c'est plus que du courant renouvelable, c'est plus qu'un fonctionnement coopératif prenant part à l'économie sociale et solidaire, c'est la construction d'un autre modèle économique.

Si on prend un peu de recul, cette initiative soulève des questions comme « Qu'est-ce que le service public ? », « Quel service public veut-on ? » ou encore « Au delà de l'étiquette, quel est le comportement ? ».

Est-ce que ça fait partie de la mission de service public de faire de la publicité pour le chauffage électrique ? Ou encore de ne pas respecter la loi (plusieurs centrales nucléaires ne sont pas aux normes sismiques mais fonctionnent toujours, la centrale de Golfech a fonctionné pendant plusieurs années sans autorisations de rejets, etc... ).
Est-ce que ça fait partie de la mission de service public d'être agressif sur la finance internationale (comme par exemple l'opération de rachat de British Energy) ? Et d'aller expliquer au gouvernement Biélorusse que finalement les retombées de Tchernobyl ne sont pas si graves (7) ?
On peut remarquer aussi une grande opacité comptable (8).
Il s'agit là de choses qui ont été faites par EDF depuis plusieurs décennies, c'est à dire y compris avant sa privatisation. Hélène GASSIN m'a dit : « C'est la taille et la puissance qui font que ça dérive, il n'y a pas de raison que sans contre-pouvoir il y ait un comportement vertueux » (9).
En France, le service public de l'électricité n'est pas à défendre, il est à construire.

Je pense que ceux qui ne veulent pas aller à Enercoop pour ne pas aller dans la logique de marché sont dans l'erreur : Enercoop est une voie alternative à cette logique. Je pense également que ceux qui ne veulent pas quitter EDF pour ne pas quitter le Service Public sont aussi dans l'erreur : ce n'est pas en supportant le capitalisme d'Etat que l'on fait progresser nos valeurs de démocratie, écologie, social, intérêt général, Service Public, etc...

Cordialement et militantement.

Michael HERINX

  1. Julien NOE : directeur adjoint d'Enercoop. Hélène GASSIN : Consultante, trésorière de l'association « Les Amis d'Enercoop » (http://www.lesamisdenercoop.org).
  2. Greenpeace, Biocoop, Hespul, La Nef, le CLER et Les Amis de la Terre.
  3. Des coopératives de production ont vu le jour en Champagne-Ardennes, dans le Nord - Pas-de-Calais, en Rhône-Alpes, d'autres sont en gestation en Bretagne, en PACA et dans le Languedoc Roussillon.
  4. Bercy : Ministère des Finances. La Défense : grande tour de bureaux d'EDF.
  5. Jacques WEBER : ancien membre du Conseil d'Administration d'ATTAC.
  6. http://www.france.attac.org/spip.php?article7109
  7. EDF fait partie avec Areva, le CEA et l'IRSN du CEPN.Il s'agit d'une association qui gère le programme humanitaire européen « CORE » en Biélorussie. CORE veut dire « COopération pour la REhabilitation » et comporte un plan pour renvoyer des gens vivre dans des zones qui ont été évacuées. Plus de détails dans les publications de la CRIIRAD : Trait d'Union n° 22 p. 15.
  8. La Cour des comptes a demandé en 2005 une plus grande transparence dans le financement du démantèlement des centrales nucléaires et de la gestion des déchets radioactifs. http://www.ccomptes.fr/fr/CC/Theme-18.html
  9. Pour des exemples précis voir le texte intitulé "Sujets ou citoyens" signe par Marc JEDLIZCKA et Didier LENOIR disponible au CLER http://www.cler.org/info/IMG/pdf/Suj_ou_cit-6avril07.pdf

Mise a jour du 13 septembre 2011